Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /Mai /2008 09:28


J’ai l’impression que, de plus en plus, l’âge « difficile de la vie » (pour autant qu’il y en ait un facile), se déplace d’une manière générale de l’adolescence vers le début de l’âge adulte.  D’aucuns me diront que je ne le pense que parce que c’est effectivement la gamme d’âge dans laquelle je me trouve, et que cette impression va évoluer alors que je vieillirai.  Il me sera sans doute difficile de nier totalement le fait.

 

Mais voici quelques éléments de « réflexions » qui ont la prétention d’être objectif. 

Tout d’abord, un fait : le niveau de vie de notre société a considérablement augmenté entre 1955 et 2005.  C’est la génération de nos parents qui a connu et vécu cette augmentation.  Ce sont eux qui ont fait construire ou qui ont achetés la majorité des maisons que l’on connaît aujourd’hui.  Ils ont des boulots généralement bien payés, et même quand ils n’en ont pas, ils ont un niveau de vie décent grâce à la protection sociale de ce pays.

 

Ils ont pu donner à leurs enfants un confort matériel sans précédent, un confort social unique (loisirs surdéveloppés, …) et une éducation de haut niveau, les conduisant bien plus souvent qu’avant à l’université.  J’ai ainsi l’impression que de plus en plus, l’adolescence, qui reste certes un âge difficile (changement du corps, prise de position vis-à-vis de l’autorité parentale) se passe en douceur, comme cocoonnée par les fêtes, les amis, les loisirs, le sport, comme adoucie par l’alcôve de la richesse matérielle et par l’aisance de vie.  Autrefois, les crises d’adolescence étaient plus violentes, plus ardues, maintenant elles sont diffuses et vagues. 

 

Par contre, la fin de l’adolescence (20-21 ans) correspond à un choix de plus en plus difficile et cornélien, totalement perturbant voire hautement névrosant.  L’éducation élevée et l’aisance financière ouvrent des perspectives qui ne faisaient pas partie des possibilités de choix lorsque nos parents avaient cet âge, ou en tout cas beaucoup moins.  Ils permettent de remettre en question la société, de se demander si, au fond, on a vraiment envie de travailler « plus pour gagner plus ».  Ils nous offrent des possibilités inédites : voyager un an entier (nos parents n’auraient jamais pu se le permettre), vivre de la musique ou de son art (bien que ça reste très difficile, mais j’ai l’impression que ça l’est moins qu’avant, quand ce choix était d’office exclu).

Nous sommes de plus en plus soumis à la pression de la société d’une part, qui veut qu’on travaille, qu’on gagne toujours plus d’argent pour payer des loyers et de l’alimentation toujours plus chers, et d’autre part, nous avons de plus en plus la possibilité – pour autant qu’on le veuille bien sûr – de choisir un emploi qui nous tente, qui nous plait vraiment.  De choisir un mode de vie, une vie.  Et de cette possibilité de choix, qui est croissante, naît cette névrose issue de la question fondamentale : mais qu’est-ce que je veux faire de ma vie ?  Ce n’est pas de 3 ou 4 ans dont il est question, mais de 25 ou 35 ans ! 

 

Là est mon point : nous avons de plus en plus la possibilité de choisir ce qu’on veut faire de nos vies.  Ce qui est bien.  Mais trouver la réponse à cette question est un casse-tête très perturbant pour beaucoup.

 

L’âge où se présente ce choix, pour autant qu’on ait la chance d’être suffisamment privilégié et/ou ouvert d’esprit pour l’avoir ou se le représenter, est vraiment perturbant.  Je le sais, je suis en plein dedans.

 

Bien sûr, je couperai l’herbe sous le pied aux gens qui me diront que c’est un problème de riche-privilégié-bobo.  Car, de un, je ne pense pas faire partie de cette catégorie (tout en reconnaissant sans problème avoir beaucoup de chance), et de deux je connais des personnes qui n’ont – par contre – vraiment pas eu de chance, et qui sont dans la même situation. 

 

Quelle que soit la richesse, nous sommes tous égaux devant cette question : « que veux je faire de ma vie ? ».  Simplement, aujourd’hui, nous sommes plus à même de nous poser cette question qu’auparavant.  Le but n’était pas de se plaindre, juste de le constater.

Par NHS
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