Mardi 6 mai 2008
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La portée sociale d’une maison, c’est-à-dire ce qu’elle représente (sa valeur, sa signification sociale) pour la collectivité, ne
cesse de croître. La sacralisation de la maison augmente au fil des ans sans que l’on en pointe la cause et ses conséquences.
Pourquoi le prix des maisons a-t-il doublé entre 2000 et 2007 ? Pourquoi même les bureaux d’étude officiels
(Stadim, pour le Service public fédéral Economie) avancent-ils que le prix des maisons est actuellement trop cher de 14% en Belgique ? Simplement parce que cette
augmentation de prix n’altère pas ou prou le nombre de ventes. Quelques exemples : entre 2002 et 2003, en Wallonie, le nombre de vente a augmenté de 1,3% tandis que les
prix augmentaient de 11,8% ; dans le Hainaut entre 2005 et 2006 le prix des maisons a augmenté de 18% tandis que le nombre de ventes était stable.
Le volume des ventes reste élevé, malgré l’augmentation saisissante des prix des terrains, des appartements et des
maisons. La raison ? Tout est fait pour sacraliser la possession d’un bien immobilier, fantasme absolu de la possession matérielle malgré tous les
sacrifices qu’elle implique. Et donc, malgré l’augmentation des prix, ou même en partie à cause d’elle (plus c’est cher, plus c’est précieux, et donc plus
important de le posséder), les acheteurs restent très nombreux.
« La vie, c’est maintenant ».
« La vie, c’est maintenant ». Est-ce le slogan publicitaire d’un médicament contre le SIDA ou le
cancer ? D’une association qui aide les femmes battues ou les victimes d’abus sexuels ? Voire d’une agence de voyages ?
Vous n’y êtes pas, c’est simplement le slogan (extraordinaire) qu’a choisi Ikéa (Belgium), le leader mondial de l’industrie de mobilier de maison, en
2008. Ces dernières années, Ikéa focalise ses slogans sur le message : « votre maison, c’est vous, c’est votre vie, c’est ce que vous pourrez jamais posséder de plus
beau, de plus abouti». Et ça marche : les dépenses n’ont jamais été aussi élevées que pour les biens matériels relatifs à la maison. elon Le Courrier International, le catalogue Ikea serait la deuxième publication la plus lue au monde, après la
Bible. Bref, posséder Ikéa devient simplement logique*. Mais surtout, le succès de cette marque montre (et contribue) à la mise sur un pied d’estale du
« chez soi », dont la possession devient (ou reste) un but de vie en soi prépondérant.
Epée de Damoclès
S’endetter pendant 25 à 30 ans : tel est le destin de tout jeune acheteur actuellement.
S’endetter pendant autant de temps, c’est se condamner à la même vie pendant 30 ans. C’est s’interdire de changer de boulot sans en avoir directement un autre, par exemple, ce
qui est loin d’être aisé. Mais c’est aussi se condamner à de gros ennuis si, effectivement, on perd son boulot. Bien sûr, cela fait des dizaines d’années que
l’on achète des maisons ; mais les conditions et les conséquences n’ont jamais été aussi lourdes que maintenant. Et pourtant, les ventes restent
stables. Et la portée « mentale » de la possession d’une maison reste énorme. Les vendeurs immobiliers l’ont bien compris : les maisons les
plus chères (centre et banlieue de Bruxelles par exemple) restent vides, mais elles le resteront, parce que baisser leurs prix signifierait non seulement tronquer le marché, mais aussi diminuer
la valeur mentale et sociale d’une maison, ce qui est inacceptable dans la logique actuelle.
Louer ou Acheter ?
Au-delà de ces considérations, bien sûr, beaucoup d’acheteurs expliquent en toute bonne foi (au moins en apparence)
qu’ils ont acheté simplement parce que c’est avantageux. Qu’à long terme, acheter est plus intéressant que louer, puisque la location n’aboutit sur aucune
possession. Je ne vais pas me lancer dans le débat sur la quelconque utilité de cette possession**, parce que c’est aller trop loin ici. Simplement, le prix
des maisons a augmenté beaucoup plus vite que celui des loyers, et il est dans certains cas montrable qu’il est moins intéressant financièrement d’acheter que de louer***. Et
au fur et à mesure que le prix des maisons augmente, cet avantage diminue, bien entendu.
Casser le cycle
Arrêter d’acheter des maisons à ces conditions, c’est le seul moyen pour que les prix reviennent à des proportions
normales. Il faut pour cela arriver à sortir de la logique qui nous est imposée par la publicité sur l’aboutissement social que représente l’achat d’une
maison. Mais aussi, ce qui marchera certainement mieux, dire que non seulement cet achat n’est plus aussi aisément justifiable qu’avant d’un point de vue financier, mais qu’il
est aussi de plus en plus lourd, surtout pour les jeunes couples.
Et surtout rappeler la conséquence la plus évidente : de plus en plus de personnes n’arrivent pas à se
loger. Cassons le cycle pour que chacun retrouvent le droit de se loger dans des conditions décentes.
* Entre nous, personnellement je ne vais jamais chez Ikéa, car je déteste l’idée de posséder chez moi le
même fauteuil, la même lampe ou la même table que 10.000 personnes que je ne connais pas. Et à ceux qui me diront que c’est « quand même vraiment pas cher », je
répondrai simplement qu’il suffit d’aller chez Troc International ou chez Oxfam pour trouver des excellents meubles à des prix dérisoires.
** Eh quoi, on meurt plus heureux dans une maison qu’on a achetée plutôt que dans une maison que l’on loue ?
*** Voir à ce sujet les liens :
http://www.leboucheaoreille.net/credit/dossier.htm
https://www.mycreditalert.ca/calculator/FRMortgageRentvsBuy.html